Le «starter pack» expliqué par Line Evéquoz, professeure d’arts visuels au Lycée-Collège Ella Maillart à Sion
Un «starter pack», c’est littéralement un «kit de départ». Sur les réseaux sociaux, cette expression est souvent utilisée pour représenter, de manière humoristique ou visuelle, les éléments supposés caractéristiques d’une personne, d’un métier, d’un style ou d’une situation.
Ce qui m’intéresse aussi, c’est d’amener les étudiants à porter un regard un peu critique sur cette tendance. Il y a, au fond, quelque chose d’assez paradoxal: ces «starter packs», aujourd’hui souvent créés à l’aide de l’intelligence artificielle, sont censés définir une personnalité, alors qu’ils finissent souvent par se ressembler énormément. Les mêmes objets, les mêmes codes, les mêmes mises en scène… alors que chacun de nous est, justement, singulier.

J’utilise cet outil avec les étudiants des options spécifiques de 2e année du LCEM afin de leur proposer une manière originale et personnelle de se présenter. A travers leur «starter pack», ils peuvent évoquer leurs passions, leurs goûts, leurs centres d’intérêt, leur personnalité ou simplement leur manière d’être.

Mais l’exercice reste pleinement inscrit dans les objectifs du programme, notamment dans l’apprentissage de la perspective. Nous commençons par dessiner une boîte en perspective, qui devient ensuite le contenant des différents éléments choisis par les étudiants. C’est donc une première approche très concrète d’une notion technique: ils découvrent la perspective à travers un projet qui leur parle et dans lequel ils peuvent déjà exprimer quelque chose d’eux-mêmes.

C’est précisément ce que j’aime dans mon travail d’enseignante: créer des ponts entre les apprentissages techniques, les préoccupations actuelles et une véritable liberté de création. Je trouve que cela permet aux étudiants d’entrer dans les apprentissages avec davantage de curiosité, d’implication et, surtout, de personnalité.
Pour leur montrer concrètement le principe de l’exercice, j’ai créé mon propre «starter pack». C’était une façon de me présenter à eux autrement, au-delà de mon rôle de professeure d’arts visuels: leur faire découvrir ce que j’aime, mes centres d’intérêt, mon univers, mais aussi cette autre facette essentielle de mon parcours, celle de l’artiste.

Dans les tableaux, on retrouve des figures humaines, mais aussi de nombreux éléments liés à la nature. Plus le temps passe, plus je ressens le besoin de l’observer, de la traduire et de tenter de la représenter.
Aujourd’hui, ma démarche artistique est également liée à mon envie de raconter des histoires. J’aime imaginer des récits, créer des univers fictifs et les mettre en images pour leur donner une forme, une présence, presque une vie. La peinture devient alors pour moi un espace où peuvent se rencontrer la nature, l’imaginaire et la narration.

J’apprécie toutes les techniques et toutes les matières, comme si chacune d’elles possédait sa propre légitimité et sa propre force d’expression. Je passe sans distinction de la peinture acrylique à l’aquarelle, de la gouache aux encres colorées, à l’encre de Chine, et à bien d’autres médiums encore. J’aime cette liberté de circuler d’une technique à l’autre, sans hiérarchie, en choisissant chaque matière pour ce qu’elle peut apporter au geste, à l’atmosphère ou au récit.

Ces deux dimensions de mon travail sont d’ailleurs très liées. Ma pratique artistique nourrit profondément mon enseignement, et inversement. Je suis particulièrement sensible à la matière, aux processus de création, à l’expérimentation, à ce qui se construit progressivement entre une idée, un geste et une forme. Ce regard d’artiste accompagne forcément ma manière de transmettre, tout comme le contact avec les étudiants, leurs recherches et leurs découvertes vient lui aussi nourrir ma propre pratique.

Finalement, derrière cet exercice très simple du Starter Pack se cache une question qui me tient à cœur: et si l’on se présentait différemment?